Archive for the 'écriture' Category

25
Déc
09

Ébauche.

Il tourne en rond devant tout. Il tourne en rond quand il est seul. Il tourne en rond devant son écran, leurs écrans, les écrans, il tourne en rond encerclé par les écrans. Il a envie de tomber amoureux, de briser le cercle, les ronds, mais il tourne en rond.

Il tourne en rond en désirant échapper à son destin. Il n’a que le recours à l’anti-écriture, cette écriture qui refuse le travail, l’élaboration. Il, il, il.

C’est la veille de noël. Ici le pays à presque l’air d’un autre temps, comme si l’ère catholique n’était pas encore tout à fait morte.

Il a beau dire l’autre, mais il y a aussi le côté mauvais perdant, honteux de soi. Quand il la voit, il la désire, c’est énorme, presque intolérable. Elle est belle, même trop maigre, elle est belle. Plus en chair elle serait irrésistible. Et si elle était irrésistible, alors mieux vaudrait pour lui ne plus la voir. Le mieux s’entête, borné, à s’enfermer dans une tristesse sans borne, tant pis pour lui.

D’abord elle est noiraude. Un noir de jais. Ensuite, elle est frisée. Un visage rond, poupon, des yeux de fauve affamée ou alors comme des cumulo-nimbus océaniques (ne demande pas ce que cela veut dire…), un sourire qui griffe et qui éclate comme un soleil, des joues rebondies, des dents qu’on voudrait lécher, un nez à faire pâlir MM… Non, il n’est pas amoureux. Il ne l’est plus, depuis pas mal de temps déjà. Surtout c’est la lumière qui brûle en elle. Elle est un combustible à fantasme. L’origine des fictions, l’objectif des frictions, le point de rupture.

Enfin, elle est un amour impossible, l’avantage de la tragédie. Mais à l’intérieur de lui-même il se dit: en route vers d’autres brûlures, de celles qui laissent vraiment des traces.

[Vieille musique dans les oreilles, Mos Def, The New Danger.]
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[Prince, Xpectation, N.E.W.S, neojazz…]

Lendemain d’hier, un 25 décembre.
Il a encore une fois bien dormi. Il ne se souvient pas très précisément, mais il a voyagé au travers de rêves prenants, vivants, intéressants. Dans le calme de la campagne, il s’est fait réveiller par une voix aussi énervante qu’aimée. Il s’est levé avec cette prégnante sensation de solitude, ce sentiment de tristesse et d’abandon qui l’accompagnera sans doute longtemps. Peut-être encore un peu plus fortement lorsqu’il n’est pas seul. Peut-être est-ce simplement le signe qu’il va mieux, qu’il accepte la vie telle qu’elle se présente. Platitude, banalité, mais réalité, cette réalité ordinaire qui permet, permettra l’éclosion de l’imaginaire, de l’invention du demain.

Ça n’a l’air de rien, mais ce n’est pas si simple d’inventer demain, pas si évident qu’existe une porte vers le futur. Ça n’a l’air de rien, mais l’ouverture aux courants d’air représente le trésor le plus précieux de la vie. Une ouverture qui n’a rien à voir avec l’attente.

Il a été marcher avec sa mère. Il s’entend bien avec elle. C’est qu’ils se sont enfin séparés. Chacun sa vie, ses valeurs, son histoire, sa vérité. Le lien n’est plus une souffrance, une contrainte, une prison. Il se dit et il souhaite que cette séparation enfin bien vécue soit une sorte de prélude à d’autres formes de relations avec le reste du monde. D’une certaine manière c’est déjà le cas. Tout ne part pas de cette relation mère-fils, il y aussi certaines choses qui vont vers ce rapport entre lui et sa mère.

Au fond, il n’y a pas, pas toujours, pas forcément, pas nécessairement, d’origine et d’objectif. La veille, cette veille de Noël qu’il ne s’était pas permis de vivre depuis de si longues années, qu’il n’aurait pas pu vivre tout au long de ces années… la veille donc, entre les boissons par milliers, vins au velours de pourpre, liqueurs au velours abricot, dorées comme une poire bien mûre, café merveilleusement amer, chaud et fort, au goût puissant d’un 5h du matin solitaire, champagne et eau fraîche, il a entendu sa cousine parler d’un étrange amoncellement de brindilles, comme un jeu de mikado, il a vu des brins de paille, et chaque brindille, chaque brin de paille représentait un certain type de causalité. Allez donc comprendre ce qui est la cause du nid, de l’incendie. Peu importe.

La maison est en feu. La vie transforme la matière en matière, cela produit de la chaleur, de la lumière. Entropie. Il n’y a pas le choix, il faut en retirer ce qui peut en être retiré, goûté, bu, volé. Entropie toi-même, il a apprivoisé cette envie de griller une cigarette comme cette pénétrante sensation de solitude. Pénétrante comme une pluie fine. Transis. La vie vous a de ces caresses comme une naissance, comme la violence de naître. Sinon rien. La chaleur est faite de glace. Le réconfort est fait de solitude. L’évidence est faite de mystère. Il ne sert à rien de courir. Ni de partir à point. Mais, ouvrir.

La surface. Et les courants sous-marins, les mouvements souterrains. Chacun sa vie, soi-même, sa douleur sans horizon. D’où l’importance de vivre avec les autres, bornes qui apaisent, qui tracent des horizons. D’où l’importance de cette « décence ordinaire », merci Orwell.
La surface. Non, il n’a pas revêtu de scaphandrier. Il n’est pas au commande d’une dragueuse, mais le voici plongeur, en quête d’un autre limon. Limon de chair. Les forces chthoniennes et océaniques de l’amour, de la sympathie, du contact, un ingrédient supplémentaire de la fraternité humaine. Il ne sait pas qui elle sera. Ni même si elle sera. Il apprend à aimer cette envie de cigarette qu’il ne fumera pas, il apprend à se lover dans les bras de cette solitude si vaste qu’il n’est pas possible de s’en échapper. De même il apprend à faire une place à cette « elle » qu’il ne connaît pas encore. Introduction à la science de la construction improvisée. Il se met enfin à réviser ses gammes.

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