25
Nov
09

Quelqu’un qui sifflait.

Hier soir, je sais pas moi… disons vers 22h00, peut-être plus tôt, peut-être plus tard… sur le moment ça m’a pas marqué plus que ça, j’ai entendu quelqu’un siffler en entrant dans l’immeuble dans lequel j’habite. Faudrait pas croire que j’épie les allées et venues en vue de croustillantes dénonciations à la Gestapo, j’avoue que j’ai de la peine à m’y faire avec les valeurs officielles: secret bancaire pour les uns, et dénonciations pour les autres. Non, je fais pas le concierge qu’a loupé son concours de flic. Par contre, j’habite dans ce qui a dû, il y a longtemps, mais alors longtemps, être le logement de celui-ci: au rez-de-chaussée, juste à côté des boîtes aux lettres. Et puis, c’est un vieil immeuble, un immeuble qui doit dater de quelque chose comme la crise précédente, du temps où il était branché d’être antisémite, alors qu’aujourd’hui l’islamophobie est plus tendance, mais je ne vais pas vous parler de ça maintenant.

J’ai donc entendu quelqu’un siffler. Je l’ai noté, parce que ça n’arrive (malheureusement) pas souvent. Il fut un temps, ça arrivait plus régulièrement. En effet, un voisin partait au boulot en chantant, ce qui est déjà remarquable, mais en plus il en revenait en chantant encore! Incroyable, génial! Même que des fois il sifflait. Je l’aimais bien ce voisin, je l’aime toujours bien, mais il n’est plus voisin. Il a déménagé. Marrant quand même. Oui, je veux dire, il a déménagé il y a déjà bien des mois, presque 9 mois. Depuis quelques années, le marché genevois des appartements disponibles est devenu tout à fait infernalement bloqué, non mais sans déconner, bien pire que l’enfer habituel. Pourtant, l’appartement qu’a libéré mon voisin il y a 9 mois est encore vide. Et c’est un chouette appartement, qui pourrait ne pas être très cher. L’immeuble est vieux, d’accord, mais tout à fait habitable. Bien situé. Et à part le mec bizarre au rez à côté des boîtes aux lettres, le voisinage est « normal ».

Et hier soir, quelqu’un sifflait en entrant dans l’immeuble. J’ai noté qu’on sifflait, et il m’est bien passé une ou deux idées en tête, mais je ne me souviens pas exactement lesquelles. Je ne peux pas essayer de les évoquer, parce depuis je dispose d’informations nouvelles, et à mon avis, ça ne peut qu’influencer mon souvenir. J’y viens.

L’immeuble est vieux, oui. Je veux dire quand les voisins ouvrent leur courrier devant les boîtes aux lettres, j’entends le papier se déchirer, et je pourrais presque, en me basant sur le bruit de leur respiration, deviner s’il s’agit d’une lettre d’amour ou d’une sommation de payer…

Quelques instants après le passage de ce quelqu’un qui sifflait, j’entends un méchant bruit de verre cassé, genre une vitre qu’on éclate, mais une vitre qu’on aurait éclaté au sommet d’une rampe d’escalier, ce qui aurait permit aux éclats de descendre les marches. Et puis plus rien.

Je me suis retrouvé avec mon voisin de palier sur le palier en train de chercher en vain des éclats de verre que je m’attendais à voir répandus un peu partout, un carnage de verre cassé. Rien. Entre voisins, on s’est rassuré parmi: « vous avez aussi… oui… moi aussi, bizarre hein… » On a tous les deux pensé à la vitre de la porte d’ascenseur. Parce que les gens ont tendance à la malmener. Et on est rentré, chacun chez lui. Ç’aurait pu être rigolo d’inverser, pour une fois. Ce qu’on manque d’imagination! Et après on se plaint qu’il ne se passe jamais rien.

Je n’ai plus repensé à cette histoire jusqu’à ce soir en rentrant de ma journée. J’ai été accueilli par un mec chelou qui m’a demandé d’avertir la police si j’entendais un gros bruit, parce que quelqu’un avait squatté l’appartement vide, appartement qu’on était en train de vider des affaires du squatteur, et qu’on allait fermer de manière efficace et définitive. Il a pas même pris la peine de me dire si il était flic, de la régie ou le propriétaire. J’ai deviné tout seul. Il avait l’air excité comme si sa vie quotidienne se transformait soudain en série B.

C’est là que j’ai appris que l’appartement vide l’était encore… grâce au squatteur. Je ne peux pas affirmer que c’est le siffleur d’hier soir. Pourtant j’ai fait l’association d’idée tout de suite. Ce qui ne veut strictement rien dire. Mais j’aime bien l’image d’un mec qui entre tranquillement en sifflant dans un immeuble parce qu’il sait qu’il va briser la vitre d’une porte d’appartement et s’y installer. Je suis juste un peu désolé qu’il soit déjà délogé. Si ça s’trouve, après avoir libéré un appartement, maintenant il est privé de liberté, logé contre son gré.

Du coup la régie va changer le code. C’est une sorte de croyance magique, un truc de jeteuse de sort. L’ancienne combinaison n’a eu qu’une relative efficacité, il faut donc en essayer une autre. Pendant des décennies, il n’y a pas eu de « digicode », les appartements ne restaient pas vide, ce n’était pas la crise du logement, et personne ne forçait de porte. Bizarre quand même.

Ça me fait penser au jour où j’étais à la fenêtre et un mec sur le trottoir me demande le code de l’entrée. Que je lui donne. Et le guignol de venir sonner à ma porte pour chercher à me vendre une alarme de sécurité. J’ai bien rigolé! 😀

Enfin voilà. Du coup j’ai affiché sur ma porte le bout de texte sur Lauderdale et son paradoxe, celui de la proportion inverse entre richesses privées et bien commun, bout de texte qu’on trouve dans le billet qui précède, sur la fin. Ma porte, c’est quand même mon tout premier blog, de l’époque où je n’avais pas de connexion, pas même d’ordinateur. J’éditais mes billets à la main. Si, si, c’est faisable, même plaisant au fond. Ça avait eu le mérite de créer des liens avec certains voisins.

Les liens, c’est bien les liens, ça remplit les vides. Les vides laissés par le propriétaire. Un mec qu’on ne voit jamais. Et qui se fout vraiment de notre gueule.

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3 Responses to “Quelqu’un qui sifflait.”


  1. 26/11/2009 à 20:40

    Petit détail amusant: un certain nombre de locataires ne parviennent pas à rentrer chez eux, car ils n’ont pas été prévenus du changement de digicode. 😀 J’adore!

    Du coup ils font beaucoup de bruit sous ma fenêtre. Et je vais leur ouvrir. C’est sympa, on fait connaissance. Les portes fermées, ça ouvre des possibilités.


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