Archive pour la catégorie 'libre'

03
juil
10

Rendre compte.


-  (Badmarsh&Shri – Signs)

Une étape est achevée. Son évaluation extérieure ne m’est pas complètement indifférente, mais elle m’importe moins que ce qu’elle signifie pour moi. Une somme difficilement mesurable de sens, d’événements, d’espoirs qui n’avaient pas de nom et qui aujourd’hui ont une forme, une odeur, un goût… Ou plutôt des formes, des odeurs, des goûts, des touchers divers, une polyphonie qui naît, on dirait bien qu’elle naît dans ma rate.

Je me souviens. Du temps où mon pays était une chambre aux volets fermés et mon monde un quartier d’une si petite cité. Les voyages interstellaires ne dépassaient guère les 150 kilomètres. Demain, je pars en Inde!

Je me souviens de la première fois où… ou plutôt de cette nouvelle première fois, quelle vie! quelle mort! quelle vie! de cette nouvelle première fois où, dans le vent glacé de décembre, j’ai découvert les routes de campagnes qui assiègent la ville, une sortie au-delà des lignes de défense de mon ancienne forteresse, désormais en ruine, de cette forteresse qui me tuait, non mais… mais quelle sécurité que de vivre à découvert! Je me souviens de la première fois, où, seul sur mon vélo, j’ai traversé la frontière, je suis parti en voyage pour une heure, à 23,7 kilomètres de chez moi et ce sentiment de liberté. Demain, je pars en Inde!

Demain, je pars en Inde, après 2 ans de vie bien remplie. Après 2 ans d’une vie remplie différemment. D’une vie d’ouvre-boîte. D’une vie parsemée de plaisirs. Comme celui que tu peux éprouver en courant, par moment, entre les montées qui essoufflent, au tournant du froid qui mord, au bout du bout droit qui étouffe, enclume entre bitume et soleil, et la poussière au bord de la route.

Je me souviens de ce premier tour en courant, sous la neige, avec Jimi Hendrix qui saturait mes oreilles, le souffle court, de ce tout premier tour et de l’éternité de presque ¾ d’heure qu’il m’avait fallu pour l’accomplir. Et des courbatures du lendemain. Je me souviens des premières sensations de plénitude en courant, lorsque le souffle se faisait plus régulier, le plaisir d’éprouver de si anciennes sensations, le vide qui se fait quand le corps bouge sans peine excessive. Et les premières blessures pour n’avoir pas su reconnaître les limites. Comment veux-tu les repousser sans d’abord les reconnaître?

Je me souviens d’avoir participé à une traduction collective et généreuse, pour un blog généreux.

Je me souviens d’avoir nettoyé et repeint mon logement.

Je me souviens de bons repas et de sortie à vélo, seul ou accompagné.

Je me souviens de grandes conversation en marchant dans le froid.

J’en oublie tout de même, malgré ce moment dédié au bilan. Rends-toi compte. 36 ans. Les couches qui se sédimentent. L’insupportable qui se transforme en vie, sans taire les doutes, les douleurs, les angoisses. Toujours là, vivant. Dans 36 heures je marcherait dans les rues de Mumbai. Tu y crois? Pas encore.

Et ce matin, j’ai couru avec elle. Dans la chaleur qui s’était levée tôt. La pluie qui précède l’orage répand son parfum caractéristique, cette odeur de juillet. Non loin, l’orage tonne, le tonnerre gronde. La sauce tomate mijote.


  Sonu mama (Selvaganesh – Soukha)

06
juin
10

Psychotrocyclopédiques.

Dans le player (et derrière le lien de dessus), un copier-coller d’extraits de Unkle – Edit Music for a Film.
Unkle – REdit Music for a Film


retrouvailles cyclopédiques
quelques particularités du bitume
son aspérité variable
cartographiée
les méandres entre les blés
verts les coquelicots rouges
insolemment rouges
sur mon vélo entre campagne et jungle urbaine
de-ci de-là de la frontière
un voyage dans le présent
en sillonnant le passé
un passé si lointain et si récent
une sortie de tombe
un retour des enfers
l’abolition définitive des purgatoires et des limbes
briser les chaînes
et faire tourner la chaîne à vélo
autour de ses pignons et de ses plateaux
et faire tourner les jambes tourner tourner
avaler l’avenir comme on avale la route
ou la pellicule ou la bande son
le blues de la bicyclette à en devenir
rock’n'roll et puis presque punk
ou carrément hip hop
electro
sans nom
ni nomenclature ni classification
voir tes hiérarchies pâlir parce que
descendre en pleine montée
danser dans le vent de face
monter en pleine descente jusqu’à
retrouver le coin sous la falaise
sans s’attarder sur les terrasses
prendre direction Étrembières
mais traverser Ambilly la pensée fixée sur
une certaine fontaine
chère Mme Marie Sarrasin et votre eau toujours si fraîche
qu’en ce dimanche de juin 2010
j’ai partagé avec des gazelles qui
hasard des correspondances
s’étaient arrêtées au même point d’eau
sous le clocher qui sonnait son heure
et puis
repartir dans ma savane
me chasser tout seul sur la piste d’asphalte
pour la boucle finale et ces moments bénis
où c’est presque trop
et qu’il faut que ça sorte
mais pas d’une manière ou d’une autre
non
de toutes la manières à la fois
alors tu sues tu frissonnes tu pleures tu ris tu
aspires tu expires et tu cries
jusqu’à faire peur aux automobilistes du dimanche
qui ont même peur d’une poussière
qui fuient la vie faussement à l’abri derrière leur pare-brise
bizarrement teinté
comme un miroir sans tain
voir sans être vu alors que c’est tout vu
sous le soleil à découvert
j’affirme avec un orgueil quasi estival
mon cher Camus
que…




oldies

petites cases


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